Avoir 20 ans

« On a vidé de son sens l'action politique »


par Emilie Rey |  22 juin 2014

Mohammed entre caméras et appareils photos tente de montrer ce qu'est la réalité de la Palestine ©M.R.A

Mohammed a grandi dans un camp de réfugiés, il a décidé de se dévouer au journalisme et à la photographie. Venant d'une famille très politisée il porte un regard critique sur l'action de son gouvernement et le futur appellant à plus d'engagements et de courage.


Mohammed a grandi dans un camp de réfugiés, enfant d'une famille de sept il a décidé de se dévouer au journalisme et à la photographie. Venant d'une famille très politisée il porte un regard critique sur l'action de son gouvernement et le futur appellant à plus d'engagements et de courage.

Mohammed, quels sont tes hobbies ? Comment occupes-tu ton temps libre ?

J’adore la photo, par-dessus tout ! Je travaille en indépendant comme photo journaliste quand je le peux. Dans le camp où j’ai grandi, je pense être le seul photographe, il y a d’autres journalistes, mais pour la plupart ils sont journalistes sportifs car l’équipe de football du camp est célèbre ; elle a remporté plusieurs fois le championnat de Palestine et cela motive les jeunes. J’ai été très longtemps investi avec les scouts du camp d’Al-Ama’ri, j’ai voyagé avec eux à Dubaï, en Jordanie et en France lors de camps d’été. Bien que n’habitant plus dans le camp depuis quelques années, j’y passe tout mon temps !

Justement, qui sont tes amis ici ? T’es-tu rapproché de personnes similaires ou différentes de toi ?

J’ai beaucoup d’amis palestiniens mais aussi danois car je suis volontaire avec « The Danish house in Palestine », une association qui développe des échanges culturels et professionnels entre les sociétés danoises et palestiniennes. Le contact avec les européens me stimule, ce sont eux qui m’ont encouragé à croire en mes rêves et me poussent à témoigner.

Et toi, t’intéresses-tu à l’actualité du pays, et suis-tu les informations en général ? Si oui, y a-t-il un sujet qui te préoccupe plus que d’autres en ce moment ?

J’aime suivre l’actualité dans le monde entier pas seulement en Palestine mais je ne regarde pas la télévision, je préfère Internet. J’essaye de ne pas me faire aspirer par tout ce qui se passe, de ne pas me faire entraîner dans cette lutte de partis et de mouvements. Je viens d’une famille très politisée, nous avons eu des prisonniers politiques et je me suis même engagé étant plus jeune, mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure des options. Je suis assez dubitatif de l’action de nos gouvernements car le changement ne vient pas. On a vidé de son sens l’action politique. Je me suis fait ma propre idée de ce pays: trop de gens sont préoccupés par l’argent et en oublie notre objectif qui est de récupérer notre Terre. L’argent est quelque chose d’immédiat, mais n’améliore rien. Cela cache juste la misère et les gens ne voient plus ce qui se passe à deux kilomètres de chez eux. 

Parle-nous des membres de ta famille. Quelles sont tes relations avec eux  ?

J’ai trois frères et trois sœurs. Ma famille est originaire d’un petit village qui se trouve à 6km de Ramleh et qui n’existe plus aujourd’hui. C’était un village datant de l’époque romaine, il a été détruit. Je suis la seconde génération de déplacés et il nous est encore interdit de retourner sur ce lieu car il se trouve en un territoire occupé.  Je l’appelle  « occupé » car j’estime toujours avoir un droit sur cette terre… Pour l’histoire, mes grands parents ont trouvé refuge à Ramallah, dans le camp d’Al-Am'ari qui doit faire un kilomètre carré et 10 000 personnes y vivent ! Mon père est peintre en bâtiments et ma mère est professeur pour des jeunes porteurs de handicap. Cela explique mon investissement auprès de ces jeunes, je les ai toujours côtoyés. Je remercie ma mère car elle est compréhensive, même quand j’ai souhaité arrêter l’école, elle m’a dit « vas-y, travaille si tu veux arrêter » et au final, j’ai travaillé trois mois et j’ai repris l’école ! Sans elle, je n’aurais jamais réussi mes études de journalisme. Nous parlons beaucoup, ils connaissent mon besoin d’indépendance. Cela n’a pas été facile de leur faire accepter mon choix professionnel, ils ont trouvé cela dangereux.

As-tu une religion ? Si oui, quelle place prend-elle dans ta vie quotidienne ?

L’être humain est avant tout humain pas religieux. La religion est quelque chose de privé, je suis croyant et musulman mais pour moi-même. Je suis allé à La Mecque, mais je respecte la religion de chacun tant que l’on n’essaye pas d’impressionner ou d’instrumentaliser la Foi. C’est que j’enseignerai à mes enfants et non pas ce que l’on voit sur les chaînes de télévision car le fondamentalisme n’est pas le vrai islam. Ce qui me dérange encore plus ce sont les gens qui soutiennent dans l’ombre ces mouvements, des états qui se prétendent les champions de la démocratie. Par leur réaction, ils ne font qu’entraîner plus d’extrémisme et tolèrent les violations du droit international. Je souhaite un état palestinien par exemple, mais nullement un état musulman.

Et maintenant, quels sont tes projets sur le plan personnel et professionnel ?

J’espère vraiment pouvoir exposer ma vision de la situation à travers l’art, mais rien n’est facile et même faire sortir des photos hors du territoire palestinien est compliqué. J’aimerais être à mon niveau un ambassadeur de ce camp dans lequel j’ai grandi. La Palestine ne se réduit pas à Gaza, un mur ou à ce que les médias affichent. Des amis m’ont invité en Europe, « inchallah » j’irai en septembre prochain en France, Allemagne et en Espagne. J’aimerais aussi étudier à l’étranger pour ouvrir encore ma mentalité. Je ne crois pas aux frontières, ce monde entier est le mien et je veux apprendre de lui et avec lui. Je sais par contre que je ferai ma vie ici, j’aime mon pays, je sais que j’y ai ma place.

Pour finir et en quelques mots, que souhaites-tu à ton pays ?

Un état bien sûr, un vrai état, pas celui que nous avons ou que l’on veut nous « accorder ».  Si rien ne change nous allons finir comme sur une île, tout seuls à Ramallah et autour de nous Israel et ses colonisations ou pire nous ferons partie de cet état et le mot « Palestine » disparaîtra. Je sais que nous n’allons rien gagner. Ce pourquoi je continuerai de me battre c’est mon nom et mes origines, cela on ne peut pas me l’enlever et cela dépasse de loin la religion.

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Fiche d'identité

Mohammed a 22 ans, il a étudié le journalisme mais ce qu’il préfère c’est la photo. Il a d’ailleurs remporté le « marathon photo » de Palestine en 2013, une compétition d’une journée, ouverte à tous les amoureux de la photographie partout en Palestine. Habitant Ramallah, il est volontaire dans plusieurs associations qui aident de jeunes handicapés dans le camp de réfugiés d’Al-Ama’ri.

"Je suis volontaire pour aider les autres à apprendre la Bible"

Lulu, 23 ans, travaille deux jours par semaine comme masseuse. Pendant son temps libre elle aime partager la parole de Dieu avec les gens.

"Je souhaite qu'on aille de l'avant"

Haya est une arabe israélienne de Nazareth. Elle vient d’y rentrer après avoir étudié en Jordanie, et trouve qu’il est difficile de se réhabituer.

"Je ne me mêle pas de la politique"

Maria est une arabe chrétienne de Nazareth. Attentive aux autres, elle accueille les visiteurs à l’office de tourisme de la ville, et étudie pour devenir enseignante auprès d'enfants ayant des troubles mentaux ou comportementaux. Elle souhaite apporter son aide à tous, sans distinction.

"Je ne veux pas de fanatiques dans mon pays"

Jean* a 29 ans. Ingénieur civil de formation, il a vécu en Egypte avant de rentrer à Gaza il y a quatre ans. Comme il ne trouve pas d'emploi, il a peur d'oublier tout ce qu'il a appris.

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