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Les défis des jeunes catholiques libanais aujourd'hui


par Beatrice Guarrera |  9 novembre 2018

Le père Jules Boutros, catholique syrien, engagé dans la pastorale universitaire au Liban.

Monseigneur Toufic Bou Hadir, maronite, présente la version arabe du Youcat.

Etre jeune et catholique dans un contexte pas facile comme celui du Liban, fragilisé par les conflits régionaux et une précarité économique impose des choix. Entre l'option de ceux qui partent et les efforts de ceux qui restent, l'engagement de l'Église.


« Ils sont comme des graines qui fleurissent non seulement parmi les épines et les pierres, mais aussi sur un champ de mines, dont on ignore à quel moment elles pourraient exploser. » C’est par cette image que le père Jules Boutros a décrit les jeunes Libanais s'exprimant devant le Pape et les évêques à l’occasion de la quinzième assemblée ordinaire du Synode des évêques. Ils se sont réunis au Vatican en octobre pour parler des jeunes, de leur expérience de foi et du discernement vocationnel. Le père Boutros, responsable de la pastorale universitaire syro-catholique du Liban, a été invité à intervenir en tant qu'auditeur pour apporter les témoignages des jeunes qu'il rencontre et qu'il connaît depuis des années. Au Liban, en tant qu’aumônier général, il est en effet en contact avec plus de trente institutions parmi les universités publiques et privées.

« Au Moyen-Orient, nous vivons sur un “champ de mines”, car nous nous trouvons au milieu de pays en guerre - a-t-il déclaré à Terrasanta.net à la fin du Synode -. En Irak, par exemple, nous avons perdu un diocèse entier en une journée, lorsque plus de 120 000 personnes se sont échappées de la plaine de Ninive en une nuit ». D’après le prêtre, c’est quelque chose qui se produit de manière cyclique depuis des années, il suffit de voir rien que l'histoire du XXème siècle : d'abord en Turquie, puis en Palestine, en Egypte, en Syrie. « Notre Eglise syro-catholique a perdu plus de 60 à 70% de ses fidèles, aujourd’hui dispersés dans le monde entier », a poursuivi le père Boutros.

Dans ce contexte, la jeunesse libanaise est confrontée à de nouveaux défis. Au point que, avant le départ pour Rome de l'aumônier des étudiants, de nombreux jeunes sont allés lui confier leurs difficultés. « Ils m'ont demandé de dire au Saint Père de venir au Liban, car ils l'aiment beaucoup », a raconté le prêtre libanais. Ils se demandent également comment vivre dans un contexte de fondamentalisme religieux, dans un pays très attaqué par la sécularisation et les revendications islamistes fondamentalistes ».

L'une des problématiques qui touche le plus les nouvelles générations concerne les flux migratoires, objet de nombreuses discussions au Synode. Au Liban aussi, les jeunes sont de plus en plus sous la pression d’un dilemme : partir ou rester. Ceux qui restent doivent faire face au grand nombre de migrants. « Le Liban est un petit pays de quatre millions d’habitants qui accueille plus de deux millions de réfugiés (Syriens et Palestiniens) et qui cherchent aussi à travailler - a expliqué le Père Boutros -. Les employeurs ont souvent un intérêt à embaucher des réfugiés puisqu’ils les paient moins, ce qui rend perplexe les jeunes Libanais ; ils ne croient plus aux opportunités de travail ». C’est pourquoi, pour le prêtre, il faudrait s’investir pour contrecarrer le phénomène et aider tout le monde à trouver du travail, de la sécurité et de la paix. « Nous devons parler de développement comme nouveau nom pour la paix, comme le disait saint Paul VI dans Populorum Progressio. Notre rêve le plus grand est de vivre dignement dans notre pays d'origine ».

L’aumônier des étudiants rapporte que de nombreux jeunes libanais connaissent des difficultés pour poursuivre leurs études à cause du coût des universités. « Ils sont nombreux à ne plus pouvoir payer leurs frais, plus particulièrement ceux qui viennent de zones rurales », a déclaré le père Boutros. C’est pour cela que souvent, ils essaient d’obtenir des bourses d’études ailleurs en Europe, où elles coûtent moins cher et d’où beaucoup ne reviennent plus ». D’un point de vue pastoral, cela représente un défi, car nous devons nous employer à donner de l’espoir à ceux qui restent, tout en assouvissant leur nouvelle soif d’être des témoins préparés et crédibles. « Concrètement, la pastorale est appelée à créer de petites communautés qui répondent aux besoins des jeunes - a proposé le père Boutros -. Il s’agirait de groupes qui se réunissent pour, prier, se former, pour le théâtre, la chorale, la musique. Chaque groupe peut vivre la prière, la mission, le service, en célébrant la messe le dimanche. Leurs membres grandissent ensemble dans la foi, car les jeunes ne peuvent pas grandir dans des communautés trop grandes au sein desquelles ils ne se connaissent pas par leur nom. »

Parmi les jeunes invités en tant qu’auditeurs au Synode pour le Moyen-Orient, il n’y avait qu’un seul Iraquien, Safa Al Abbia, chaldéen, qui, par son intervention, en a ému beaucoup, y compris le Pape. Parmi les évêques, en revanche, la participation du Moyen-Orient et des Eglises orientales a été massive.

Pour le Liban, outre l'aumônier des étudiants et quatre prêtres assistants, il y avait aussi le patriarche d'Antioche pour les maronites, le cardinal Bechara Boutros Rai ; le vicaire apostolique de Beyrouth pour les Latins, Mgr. César Essayan ; et Mgr. Toufic Bou Hadir, responsable Youcat (catéchisme conçu pour les jeunes - ndlr) de la Fondation arabe (Église maronite) et coordinateur au Liban du bureau patriarcal pour la pastorale des jeunes. Ce dernier intervenant justement dans l’un des  briefings avec des journalistes accrédités à la salle de presse du Vatican. Pendant la dernière semaine du Synode, il a présenté les nouveaux volumes du catéchisme Youcat traduits intégralement en arabe, et qui représentent un bon instrument de formation pour les jeunes.

Monseigneur Toufic Bou Hadir a également annoncé la première réunion œcuménique internationale des jeunes, organisée par le Conseil des Eglises du Moyen-Orient et la Communauté de Taizé, qui aura lieu à Beyrouth du 22 au 26 mars 2019.

« Au Liban, nous sommes sur une terre de guerre, de difficultés, de défis dans tous les domaines : économie, sécurité, terrorisme », a déclaré le prêtre maronite à Terrasanta.net. « Je rentre tout juste d'une rencontre avec les jeunes maronites en Syrie, la première depuis le début de la guerre. J'ai entendu leur cri, la souffrance de ceux qui ont été contraints de fuir et de ceux qui sont restés et n'ont aucun espoir pour l'avenir. Nos jeunes ont le droit d'espérer, de vivre. Nous devons veiller à ce que nos communautés restent dans nos pays. L'Occident a un rôle important à jouer à cet égard. Au Moyen-Orient, nous avons un témoignage spécial à donner, nous qui vivons sur les lieux de naissance et d’incarnation du Sauveur ».

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