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Immersion virtuelle chez les Palestiniens et les Israéliens


par Christophe Lafontaine |  8 octobre 2018

Daniel Landau, Hospitality, 2018, installation multimédia ©Musée d'Israël

Une œuvre au musée d’Israël met à nu deux intérieurs, palestinien et israélien. A l’aide de lunettes de réalité virtuelle, les visiteurs plongent chez leurs voisins et peuvent imaginer la possibilité d’une rencontre…


« Visitors 2018 ». Non, il ne s’agit pas d’une suite de la célèbre trilogie française des « Visiteurs ». Mais le principe s’en approche. Si cette œuvre d’art virtuel ne fait pas traverser les couloirs du temps, elle invite à traverser les murs de deux maisons voisines. Celles-ci ayant la particularité de se trouver pour l’une en Israël, pour l’autre dans les Territoires palestiniens.

« Visitors 2018 » est actuellement présentée à la Ruth Youth Wing du Musée d'Israël à Jérusalem dans le cadre de l’exposition « I to Eye » qui explore les rencontres humaines. L’œuvre se veut une expérience de proximité et de rencontre entre la société israélienne et la société palestinienne. Autrefois intimement liées. Aujourd’hui séparées par le mur de bêton qui interdit à la plupart des Palestiniens d’entrer en Israël et aux Israéliens d’accéder aux villes de la Cisjordanie contrôlées par les Palestiniens. Et ce, sans compter les autres éléments socio-politiques qui vont des deux Intifadas à la poursuite de la colonisation israélienne sans parler du blocus de Gaza. Même dans les villes majoritairement arabes d'Israël et à Jérusalem, les interactions entre voisins sont peu nombreuses. 

C’est pourquoi Daniel Landau (45 ans) a fait installer dans le musée d’Israël, son œuvre qui consiste en la reconstitution de deux foyers (israélien et palestinien) en une salle unique et ouverte, divisée par un axe central en deux parties égales. A gauche, côté israélien, la réplique d’un intérieur juif doté d’une chaîne Hi-Fi, de divers livres et objets de culte juif, avec au mur le portrait du rabbi de Loubavitch (1902-1994). A droite, côté palestinien, la reconstitution d’un intérieur arabe équipé de narguilés, décoré de meubles, de tapis et d’accessoires de style moyen-oriental.

Pour reconstituer ces deux intérieurs et leur donner vie, l’artiste israélien a filmé et interviewé deux familles pratiquantes (musulmane et juive) qui ne se sont jamais rencontrées : les Sabatin pour le côté palestinien et les Avidan-Levi pour le côté israélien. Dans la vraie vie, « leurs maisons sont littéralement distantes de quelques dizaines de mètres », explique Daniel Landau, cité dans le Jerusalem Post. Mais « d'une certaine manière, ils ne pourraient pas être plus éloignés les uns des autres », souligne-t-il.

Grâce à son installation, Daniel Landau invite les visiteurs du musée à séjourner virtuellement dans ces deux familles… bien réelles. A l’aide de lunettes de réalité virtuelle, les touristes peuvent avoir une vue à 360 degrés de l’intérieur des foyers en question et voir s’animer des scènes de vie propres au quotidien de chacune des deux familles. Au salon comme dans la cuisine. Chaque visiteur peut alors écouter les récits personnels et les points de vue que les uns tiennent sur les autres. Le tout capturé par la caméra de l’artiste.  

« Vous savez, je ne suis jamais allé dans une maison arabe »

Daniel Landau, par ailleurs chercheur principal au centre interdisciplinaire d'Herzliya (Tel Aviv), veut aider à changer les perceptions et les stéréotypes sociaux des deux parties. L'installation-documentaire « Visitors 2018 » à la frontière du réel et du virtuel, en ce sens, « n’est pas une histoire de symétrie entre les deux parties. » Au contraire, elle « crée une sorte de pont et une invitation à découvrir ces deux familles de la manière la plus directe possible, grâce aux facilités qu’offre la réalité virtuelle », a-t-il déclaré au Jerusalem Post.  Un art, somme toute, à prendre dans le sens étymologique de « technique ». Permettant ainsi de « surmonter certains obstacles socioculturels, certaines barrières émotionnelles et éventuellement politiques » commente le journal israélien. Pour l’artiste, « la réalité virtuelle est un nouveau média qui offre un contexte de présence et d’empathie. » Et c’est à la lumière des similitudes et des disparités que le visiteur peut ressortir de cette expérience virtuelle avec la conscience « qu’il existe une chance de combler les fossés. »

Invité à l’émission canadienne « as it happens », Daniel Landau a déclaré que de nombreux visiteurs lui avait confié : « Vous savez, je ne suis jamais allé dans une maison arabe.» Et le créateur de s’être réjoui qu’« avec l'expérience de réalité virtuelle, ils ont en quelque sorte absorbé tous les recoins et toutes les interactions. » Avant d’ajouter, « pour eux, c'était très... émouvant de voir à quoi ressemble une vie de famille normale. »

Alors objectifs atteints ? Oui et non. Non, car franchir la frontière du virtuel se confronte à une réalité terrain qui aujourd’hui empêche toute rencontre possible. Oui, dans la mesure où le projet met en évidence les similitudes entre les cultures juive et arabe. Pour Daniel Landau cité par la Canadian Broadcasting Corporation, « [les] ressemblances culturelles ajoutent un énorme potentiel pour exprimer une réalité différente dans notre région. » En particulier pour les Israéliens qui sont des juifs mizrahim – c’est-à-dire les descendants des communautés juives du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. « Culturellement, ils se sentent très proches des cultures arabes avec toutes leurs composantes - nourriture, musique, langage, mentalités », explique l’artiste au Guardian. D’ailleurs, il a déclaré auprès du même journal avoir remarqué que les juifs mizrahim qui ont visité l’installation virtuelle étaient ressortis de l’expérience, nostalgiques. « C'est comme ça que mon grand-père décorait sa maison, c'est comme ça qu'il parlait de ses enfants », ont-ils pu lui confier.

L’autre objectif rempli est de sensibiliser les visiteurs à l’appréhension des différences pour aider à mieux les dépasser. Un jour…

A travers les lunettes de réalité virtuelle, les visiteurs peuvent entendre les différents membres des deux familles raconter leur vie. Et c’est là qu’apparaissent les grands déséquilibres qui se vivent à quelques kilomètres de distance. En particulier à travers le narratif des enfants. « Les enfants juifs parlent vraiment de toutes les possibilités qui s'offrent à eux en ce qui concerne l'avenir. L'un veut être un danseur et l'autre, un avocat », a déclaré Daniel Landau dont les propos ont été relayés par la Canadian Broadcasting Corporation« Les enfants arabes, eux, ont souvent parlé de l’autre côté, comme s’ils n’avaient pas d’avenir. (…) Ce genre de ton m'a montré à quel point la psyché de chaque côté est différente ».

Preuve que la réalité est plus forte que le virtuel : si beaucoup d’Israéliens ont déjà pu et pourront encore visiter l’exposition, le public restera toutefois déséquilibré jusqu’à la clôture de l’exposition le 20 mai 2019. En cause, les restrictions imposées à la circulation des Palestiniens à Jérusalem… Quand bien même le musée d’Israël est à moins de trois kilomètres des quartiers arabes de Jérusalem et à moins de 10 km de la maison de la famille Sabatin. L’ironie est d’autant plus à son comble que la famille palestinienne a obtenu « au prix de disputes bureaucratiques » des autorisations spéciales pour se rendre en Israël afin de visiter le musée ce mois-ci, n’a pas manqué de souligner Daniel Landau.

Vidéo de « Visitors 2018 » 

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