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De l'eau de mer dessalée à la rescousse du lac de Tibériade


par Christophe Lafontaine |  12 juin 2018

Le niveau de l'eau du lac de Tibériade baisse à un rythme alarmant. © Yigal Levy/Flash90

Une première qui ne manque pas de sel. Le 10 juin 2018, le gouvernement israélien a approuvé un plan d’urgence pour alimenter en eau dessalée dès 2019 le lac de Tibériade, principale réserve d'eau douce de l’Etat hébreu.


Israël traverse une crise de l'eau suite à cinq années consécutives de sécheresse. Un épisode se produisant une fois tous les 100 ans, selon l’Autorité israélienne de l’eau. Outre le changement climatique, la croissance démographique pèse sur les ressources hydrauliques. Toujours est-il que les nappes phréatiques du pays accusent « un déficit d’environ 2,5 milliards de mètres cubes d’eau, en comparaison avec les années où il n’y avait pas de pénurie à déplorer, » indique le Times of Israël. Soit l’équivalent d’un million de piscines olympiques !

La principale réserve d’eau douce du pays, le lac de Tibériade en Galilée, présente un niveau  « dangereusement bas » informe le journal israélien en ligne.  Le lac se trouvant actuellement à 213,46 mètres en dessous du niveau de la mer, à cinquante centimètres en dessous de la zone de danger de la ligne rouge la plus basse. Le lac qui s'étend sur 160 kilomètres carrés fournissait il y a dix ans 400 millions de mètres cubes par an d'eau. Actuellement, le pompage est limité à 30-40 millions de mètres cubes par an. C’est dire.

Pour faire face et continuer d’exploiter le lac de Tibériade afin de répondre aux besoins de la population et de l’agriculture, le cabinet de Benjamin Netanyahou a décidé, dimanche dernier, de lancer un plan d’urgence de 105 millions de shekels afin de restaurer le niveau du lac et d’améliorer la qualité de l'eau. Car plus le lac diminue (par pompage ou évaporation), plus la salinité de l’eau risque d’être importante.

Donc, premier objectif du plan gouvernemental : approvisionner directement en eau préalablement dessalée, le lac de Tibériade. Et ce, pour maintenir sa potabilité. En le reliant directement aux canalisations du réseau national d’eau. Ainsi, en quatre ans, dès 2019, jusqu’à cent millions de mètres cubes d’eau dessalée devraient être acheminés dans le lac chaque année.  « Nous allons transformer le lac en réservoir d’eau dessalée, ce qui n’a jamais été fait jusqu’à présent », a expliqué Benjamin Netanyahou.

Pour ce faire, est prévue la construction de deux usines de dessalement de l'eau de mer dans l’ouest de la Galilée et à Nahal Sorek, dans le sud du pays. Le ministre de l'Energie Yuval Steinitz – en charge de la gestion des ressources aquatiques – l’avait déjà annoncé  en janvier dernier. La quantité d’eau dessalée devant doubler à l’horizon de 2030. 1,1 milliard de mètres cubes d'eau dessalée devraient être pompés chaque année. Cinq usines actuellement en activité en Israël dessalent déjà la moitié chaque année. A noter qu’environ les trois-quarts de l'eau potable consommée par les ménages israéliens proviennent de ces usines de dessalement.

Par ailleurs, le plan comprend la restauration du débit de sept cours d'eau du nord d'Israël. Le débit dans les rivières est devenu extrêmement faible étant donné que de nombreuses communautés du nord du lac de Tibériade ne sont pas reliées au système national et dévient ces cours d’eau pour s’alimenter. Pénalisant le remplissage du lac, puisque 150 millions de mètres cubes seraient ainsi détournés. Le programme approuvé dimanche donne pour instruction à l’Autorité de l’eau de développer un plan à la fin de 2018 pour connecter tout le pays à l’eau dessalée.

Des flux plus importants dans les cours d’eau et dans le lac de Tibériade devraient aussi permettre à l’Autorité de l’eau d’optimiser l’écoulement du Jourdain vers la mer morte, qui ne cesse de baisser à un taux approximatif de 1,1 mètre par an. Comme le rappelle i24News, le fleuve et la mer sont deux sites touristiques et lieux de pèlerinage à ne pas négliger.

Une addition salée

S’il y a de nombreux avantages à ce plan d’urgence, il convient de souligner deux inconvénients sur le plan sur le plan financier et sur celui de la santé.  En effet, la désalinisation est l'un des moyens les plus coûteux et les plus polluants pour fournir de l'eau douce. Autrement dit, l’addition est sacrément salée. Autre problème: Une eau dessalée manque de magnésium, un minéral pourtant fondamental pour une bonne santé cardiaque.  Enfin, ce type de solution pose un nouveau problème : que faire de tout le sel extrait ? 

Outre la désalinisation, il existe en parallèle d’autres initiatives tout autant nécessaires pour réduire la consommation d'eau privée ou publique (comme le jardinage). Le mois dernier, l’Autorité de l’eau a d’ailleurs relancé une campagne de publicité sous le slogan « Israël s’assèche » pour rappeler aux citoyens Israéliens de ne pas gaspiller ’eau et de changer leur mode de consommation. Lors du lancement de cette campagne, le ministre de l’Energie, avait déclaré : «nous sauvons l’eau non seulement pour avoir quelque chose à boire et pour nous laver mais pour sauver l’agriculture israélienne et préserver les ressources naturelles de la terre d’Israël, les ruisseaux et le lac de Tibériade », avait-il dit.

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