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Terre Sainte: Mgr Pizzaballa invite à la prière et au jeûne


par Christophe Lafontaine |  15 mai 2018

Des manifestants palestiniens lors des affrontements avec les forces israéliennes près de la frontière entre Gaza et Israël à Rafah, dans la bande de Gaza, le 14 mai 2018. ©Abed Rahim Khatib/Flash90

Alors que Gaza pleure ses morts, le diocèse du Patriarcat latin de Jérusalem est appelé à prier et à jeûner pour la paix en Terre Sainte. Le ton de la lettre de l’administrateur apostolique est particulièrement grave. 


« J'invite toute la communauté chrétienne du diocèse à s’unir dans la prière pour la Terre Sainte, pour la paix de tous ses habitants, pour la paix de Jérusalem, pour toutes les victimes de ce conflit interminable. » Cet appel signé le 15 mai 2018 par Mgr Pizzaballa est empreint, on le sait, d’urgence. Mais la lassitude se laisse aussi déceler : « Une fois de plus, nous sommes obligés par les circonstances de plaider et de crier pour la justice et paix ! », écrit-il. Dans son courrier, l’administrateur apostolique condamne « toutes les formes de violence, toute utilisation cynique des vies humaines et de violence disproportionnée. » Dénonçant la mort de « tant de jeunes » et partageant le drame des centaines de familles endeuillées ou pleurant avec leurs proches blessés. « Ces condamnations sont les mêmes répétées, chaque fois », déplore-t-il.

Dans sa lettre publiée sur le site institutionnel du diocèse de Jérusalem, l’administrateur apostolique du Patriarcat latin s’adresse aussi bien aux prêtres qu’aux religieux et religieuses. Sans oublier les séminaristes, les fidèles des paroisses, des communautés, des associations et de tous les mouvements présents en Terre Sainte. L’invitation est élargie à tous ceux qui le souhaitent. Comme, on s’en doute, les pèlerins et les touristes. Tous sont invités à « consacrer une journée de prière et de jeûne pour la paix à Jérusalem » en vue de la Pentecôte qui célèbre la venue de l’Esprit-Saint. Solennité fêtée dimanche prochain et pour laquelle l’administrateur apostolique demande qu’elle soit dédiée - dans toutes les églises du diocèse - à la paix.

Une veillée de prière est prévue la veille samedi 19 mai 2018 à 17h au Couvent dominicain Saint-Etienne (Ecole biblique et archéologique française). « Nous devons vraiment prier l'Esprit de changer nos cœurs pour mieux comprendre Sa volonté et nous donner la force de continuer à travailler pour la justice et la paix ! », écrit Mgr Pizzaballa, touché de la gravité d’une « énième explosion de haine et de violence, qui saigne une fois de plus dans toute la Terre Sainte. »

Lundi 14 mai, l’ambassade américaine en Israël a été inaugurée en grande pompe à Jérusalem alors qu’à moins de 80 kilomètres de la ville sainte, 58 Palestiniens qui participaient à des manifestations à la frontière de la bande de Gaza ont été tués. 2400, selon un dernier bilan des autorités palestiniennes, ont été également blessés. C’est la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l’été 2014 dans l’enclave palestinienne.

A noter ainsi que 109 Palestiniens ont été tués depuis le début de la « Marche du retour » initiée le 30 mars 2018, qui voit des milliers de Gazaouis se rassembler régulièrement le long de la barrière de sécurité entre Israël et l’enclave palestinienne. Le bilan pourrait s’alourdir puisqu’une nouvelle mobilisation est prévue près de la frontière aujourd’hui mardi 15 mai 2018, jour où les Palestiniens commémorent la « Nakba » (en arabe la catastrophe qu’a constitué la création d’Israël pour eux). 750 000 personnes ont été chassées ou ont dû fuir de chez elles il y a 70 ans.

L’Osservatore Romano, le quotidien du Vatican, s’inquiétait hier aussi du « très grave bilan des affrontements entre Palestiniens et armée israélienne ». Le Coordonnateur humanitaire des Nations Unies pour le Territoire palestinien occupé, Jamie McGoldrick, a appelé lundi à protéger les Palestiniens, en particulier les enfants et les professionnels de la santé, dans le contexte des manifestations qui se déroulent à Gaza et en Cisjordanie.

Les dirigeants palestiniens ont crié au « massacre » tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a justifié l’usage de la force par le droit d’Israël à défendre ses frontières contre les agissements « terroristes » du mouvement islamiste Hamas, qui gouverne Gaza et auquel Israël a déclaré trois guerres depuis 2008. Washington a également estimé que le Hamas était « responsable » des violences. Paris et de nombreuses capitales ont condamné les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants. L’Union européenne et Londres ont appelé à la retenue. La Turquie et l’Afrique du Sud ont décidé de rappeler leur ambassadeur en Israël, Ankara dénonçant « un terrorisme d’Etat » et « un génocide ». L’Iran a dénoncé un « jour de grande honte », évoquant un « massacre de sang-froid ». A l’ONU, une demande d’enquête indépendante a été bloquée par les Etats-Unis. « La préoccupation de beaucoup est que le transfert de l’ambassade des Etats-Unis puisse considérablement faire obstacle à la solution des deux États dans le conflit israélo-palestinien », peut-on lire en Une de l’Osservatore Romano, dans son édition du 14 mai.

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