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Frappes occidentales en Syrie: l'émoi des patriarches


par Christophe Lafontaine |  16 avril 2018

De gauche à droite, les patriarches de Syrie : Joseph Absi (grec-catholique melkite), Ignace Ephrem II (syriaque-orthodoxe), Jean X (grec-orthodoxe) © abouna.org

Trois patriarches (deux orthodoxes et un catholique), siégeant à Damas ont condamné l’agression menée par Washington, Paris et Londres contre leur pays, le 14 avril. Ils en appellent à l’Onu et aux chrétiens  d’occident.


Sans langue de buis, ils se veulent être la voix de ceux qui vivent en Syrie. En neuf points dont deux appels, les trois patriarches chrétiens d'Antioche et de tout l'Orient basés à Damas ont vertement dénoncé les bombardements occidentaux qui ont eu lieu au nord de la capitale syrienne et dans la province de Homs. Provoquant un vif regain de tensions diplomatiques. Dans un communiqué conjoint en date du jour des bombardements le 14 avril (publié sur le site du Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche), les patriarches grec-orthodoxe, syriaque-orthodoxe et grec-melkite catholique ont plusieurs fois qualifié cette agression de  « brutale »  et d’« injustifiée ».

L’opération de la coalition tripartite est intervenue en représailles à une attaque chimique présumée, imputée au régime syrien, le 7 avril dernier contre une enclave rebelle près de Damas, à Douma. L’histoire dira si les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ont bien fait ou non. En tous les cas, ils ont ciblé un centre de recherche, de développement, de production et de test de la technologie chimique et biologique au nord de Damas, un entrepôt d'armes chimiques et un entrepôt dédié aux équipements d'armes chimiques en plus d’un important poste de commandement, dans la province de Homs.

Mais, depuis Damas, les trois patriarches – Jean X, Ignace Ephrem II et Joseph Absi, dans leur déclaration commune estiment qu’il s’agit-là d’« une violation des lois internationales et de la charte des Nations unies. » Et n’hésitent pas à rappeler que la Syrie est un pays souverain, membre de l’Onu.

Le trio patriarcal s’émeut vivement qu’une telle attaque ait pu avoir lieu alors qu’il manque « des preuves suffisantes et claires » démontrant que l’armée syrienne aurait effectivement utilisé des armes chimiques. Qui plus est, il considère que les frappes occidentales sapent « le travail de la Commission d’enquête internationale indépendante (ndlr : l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ». De fait, les experts internationaux n’ont débuté que dimanche 15 avril (au lendemain des frappes) leur enquête sur l'attaque chimique présumée.

A cet égard, les hauts dignitaires chrétiens demandent expressément « au Conseil de sécurité de l’organisation des Nations unies de jouer son rôle en apportant la paix au lieu de contribuer à l’escalade des guerres. » Craignant de lourdes complications régionales et l’action des  groupes terroristes.

C’est en tous les cas ce que laisse entendre le président russe Vladimir Poutine, grand allié de la Syrie : une nouvelle frappe occidentale sèmera inévitablement «  le chaos » dans les relations internationales, a-t-il déclaré, cité dans un communiqué du Kremlin diffusé après une conversation téléphonique avec son homologue iranien Hassan Rohani, autre soutien du régime syrien.

Sans détours, les patriarches de Syrie placent les chrétiens des pays qui ont participé à l’attaque face à leurs responsabilités. Ainsi, les fidèles américains, britanniques et français sont exhortés « à remplir leurs  devoirs chrétiens selon les enseignements de l’Evangile », afin de « condamner cette agression » et d’« appeler leurs gouvernements à s’engager dans la protection de la paix internationale. »

A noter que ne sont pas signataires de ce communiqué, les deux autres Patriarches d’Antioche et de tout l’Orient. Le siège de leurs patriarcats se trouve non pas en Syrie mais au Liban. Il s’agit des chefs de l’Eglise antiochienne syriaque maronite et de l’Eglise catholique syriaque. Mais cela n’a pas empêché le patriarche des maronites, le cardinal Béchara Raï d’en appeler, au micro de Radio Vatican, au respect du principe démocratique du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Rome et Moscou d’une seule voix

Au-delà de la sphère régionale, la voix du pape s’est encore fait entendre dimanche 15 avril, place Saint-Pierre après la prière du Regina Caeli. « J’en appelle à nouveau à tous les responsables politiques du monde, afin que prévalent la justice et la paix » a-t-il déclaré, assurant prier « sans cesse pour la paix » et regrettant la difficulté à « se mettre d’accord pour une action commune en faveur de la paix en Syrie et dans d’autres régions du monde. »

La veille, samedi 14 avril, le souverain pontife s’était entretenu au téléphone durant 15 minutes avec le patriarche orthodoxe russe de Moscou, à l’initiative de ce dernier.  Ce dernier estimant que « les chrétiens ne peuvent rester à l'écart de ce qui se passe en Syrie. ». « Nous avons également mentionné le fait que les chrétiens devraient influencer la situation de telle sorte que la violence cesse, que la guerre s'arrête et qu'il n'y ait pas ces terribles victimes », a précisé le patriarche Cyrille.

Ont également participé à cet entretien téléphonique, Bartholomée Ier (patriarche  de l’Eglise orthodoxe de Constantinople), Theophilos III (patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem), Théodore II (patriarche orthodoxe d’Alexandrie) et Jean X d'Antioche (patriarche de l’Eglise orthodoxe d’Antioche), l’un des trois signataires de la déclaration conjointe des patriarches de Syrie. « Chacun d'eux a exprimé sa volonté de continuer à consulter, de trouver un moyen d'arrêter l'effusion de sang », a ajouté le patriarche de Moscou.

Le porte-parole du patriarcat de Moscou a affirmé, comme le rapporte AsiaNews, que les grands chefs chrétiens d’Orient et d’Occident sont « déterminés à unir toutes leurs énergies pour apporter la paix et prévenir une crise humanitaire en Syrie. »

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