Actualités

Le fléau des tempêtes de sables au Proche-Orient s'amplifie


par Christophe Lafontaine |  12 janvier 2018

Une épaisse bande de poussière serpentant à travers la Mer Rouge entre l'Egypte et l'Arabie Saoudite, le 13 mai 2005. © NASA Wikimedia Commons

Très handicapantes, les tempêtes de sable déferlent de plus en plus fréquemment sur les pays du Proche-Orient. Et, selon l’Onu, cela ne devrait pas s’arranger. En cause le réchauffement climatique et la guerre en Syrie.


Occasionnel il y a quelques années, le phénomène des tempêtes de sable a tendance à s’amplifier au Proche-Orient. Notamment en Egypte, en Israël et au Koweït d’après un reportage de la chaîne de télévision française, France 2, la semaine dernière. La Syrie, la Jordanie, les Territoires palestiniens, le Liban, l’Irak ou bien Chypre ne sont pas en reste. « Au Moyen-Orient, il y a eu une augmentation significative de la fréquence et de l’intensité des tempêtes de sable et de poussière au cours de la dernière quinzaine d’années », a déclaré au début du mois de juillet 2017, Enric Terradellas, analyste à l’Organisation météorologique mondiale. Il assistait à une importante conférence internationale sur le sujet, à Téhéran, parrainée par l’Iran et l’Onu. L’Onu, justement, qui n’a pas beaucoup d’espoir, indiquent les reporters français. Certains pays comme l’Irak pourraient connaître selon l’organisation internationale plus de 300 jours de tempêtes de sable par an, dans environ dix ans. Une bonne partie du Moyen-Orient deviendrait ainsi hostile et presque invivable.

On se souvient de septembre 2015 où une tempête de sable géante avait  fait suffoquer une grande partie de la région. La visibilité était tellement limitée que les combats et les bombardements en Syrie et en Irak avaient stoppé momentanément. Il faut dire qu’en l’espace de quelques minutes ces murs de sable peuvent s’abattre sur une ville entière et l’envelopper dans un halo surréaliste d’une nuit de poussière en plein jour.

Conséquences sur la santé et l’économie

Dans le reportage de France 2, sont clairement mises en avant les tribulations que provoquent les tempêtes de sable. « A la télévision, ils conseillent aux femmes enceintes, aux personnes qui ont des problèmes respiratoires ou aux personnes âgées de rester confinées chez elles », explique à la chaîne française une habitante de Manara, en Israël, à la frontière avec le Liban et la Syrie. De fait, de graves problèmes de santé peuvent se développer à mesure que les populations respirent les substances charriées par les vents. Les particules fines de sable entrent directement dans la circulation sanguine. Par ailleurs, la dangerosité de ce phénomène est renforcée par un cocktail de substances biologiques comme des bactéries, des spores de pollen, des champignons et des virus véhiculées dans la poussière.

Les conséquences sont aussi bien sûr d’ordre économique. Bloquant la luminosité et la visibilité, le phénomène des tempêtes de sable est très paralysant pour la circulation automobile comme pour le trafic aérien impactant les échanges commerciaux et pouvant mettre à mal l’économie tout entière des pays concernés. Selon les calculs de l’Onu, les tempêtes représentent des pertes annuelles d’environ 13 milliards de dollars du PIB (produit intérieur brut) dans toute la région. L’agriculture est un des secteurs qui en pâtit le plus. Les cultures peuvent se retrouver enterrées sous la poussière et le sable, et leur croissance ainsi ralentie.  Par ailleurs, le sable soufflé sur les terres peut avoir les mêmes effets que dans les yeux : il blesse la terre et, dans la plupart des cas, l’endommage. Il peut mener à un assèchement des sols et contribuer à la désertification. D’ailleurs, le Dr Wadid Erian, professeur de sciences des sols à l’université du Caire qui avait pris la parole à la conférence de Téhéran cet été, a mis en garde contre l’impact écologique de ces tempêtes. « Les tempêtes de sable accélèrent le processus de désertification des terres et provoquent une grave pollution de l’environnement, détruisant de manière significative l’écosystème et le milieu de vie », a-t-il déclaré.

D’autres secteurs comme l’industrie en souffrent aussi : les violentes tempêtes de sable peuvent obstruer les machines ou les sorties de cheminées. Le secteur de la santé est aussi profondément touché : avec la montée en flèche des admissions hospitalières pour détresse respiratoire ou suite à des accidents de la route liés au manque de visibilité. Sans compter les arrêts de travail. Et à plus long terme le traitement de cancers du poumon qui augmentent.

Dérèglements climatiques et politiques

Deux raisons principales se dégagent pour expliquer la recrudescence de ces monstres de sable aériens. Les spécialistes qui les étudient dans le désert du Néguev les expliquent notamment par le réchauffement climatique rapide qui sévit au Proche-Orient. Yoav Yair, un physicien atmosphérique israélien, explique à France 2 : « Il y a une augmentation des températures, une diminution des précipitations et une désertification qui s’accentue. Les terres cultivables s’assèchent progressivement et deviennent friables. Elles sont ensuite effritées par le vent. » En 15 ans,  la végétation a diminué de 30% en Orient, commente l’auteur du reportage.

Mais les experts associent à cette théorie un facteur aggravant. La guerre en Syrie pourrait jouer un rôle dans ces tempêtes. Avec l’exode massif des populations, l’activité agricole s’est effondrée.  Les combats ont réduit les villes à des terres abandonnées, arides et friables, comme l’ont observé les journalistes de France 2 dans la périphérie d’Alep où toutes les infrastructures d’irrigation ont été détruites. Or, expliquent-ils, l’humidité est pour le sol comme une colle. Quand la terre se dessèche, le sable est naturellement plus enclin à être transporté par l’action du vent. En outre, dans la région du Moyen-Orient et en Afrique du Nord, il y a eu ces 60 dernières années une hausse dramatique de constructions de barrages, les Etats cherchant à sécuriser leur eau à la fois pour leur consommation personnelle et à des fins d’irrigation. Les terres qui étaient autrefois alimentées en eau se sont retrouvées soudainement sèches et poussiéreuses.



 

Propriétés des Eglises: la menace plane toujours

Sous la pression des Eglises de Jérusalem, Benjamin Netanyahu est intervenu pour freiner l’examen d’un projet de loi qui autoriserait l’Etat à saisir les terres vendues par elles. Mais report ne veut pas dire retrait.

Canonisation de Paul VI: l'écho oecuménique de Mar Saba

Dans la nuit du 13 au 14 octobre, le corps de Saint Sabas (439-532 après J.-C) a été placé dans un reliquaire neuf. Un écho quasi simultané à la canonisation de Paul VI qui avait permis la restitution des reliques en 65.

L'Australie hésite à transférer son ambassade à Jérusalem

Le pays des kangourous sautera-t-il le pas à son tour en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. Entre intérêts locaux et enjeux internationaux, la réponse est en suspens.

Israël: nouvel acte de vandalisme antichrétien à Beit Gemal

Dans un communiqué du 17 octobre 2018, l’Assemblée des Ordinaires catholiques de Terre Sainte a condamné la profanation du monastère salésien de Beit Gemal, dans le centre d’Israël. Appelant l’Etat hébreu à agir.