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Le patriarche maronite se rendra à Riyad en messager de paix


par Christophe Lafontaine |  11 novembre 2017

Le patriarche des maronites, Mgr Bechara Raï ira à Riyad en Arabie Saoudite la semaine prochaine. Photo © B.alotaby/Wikimedia Commons

Mgr Raï a été reçu le 9 novembre par le président libanais. Confirmant son voyage en Arabie saoudite, il s’est engagé à ce que ses efforts soient « complémentaires » de ceux du chef de l'Etat. Pour l’unité nationale.


Le Président libanais a reçu jeudi 9 novembre 2017 au Palais présidentiel de Baabda le patriarche d’Antioche des Maronites. Alors que l’ensemble de la classe politique libanaise s’interroge toujours sur les circonstances de la démission du Premier Ministre sunnite, Saad Hariri. Immanquablement, le pays du Cèdre s’interroge aussi sur le lien du leader sunnite avec les purges en cours en Arabie saoudite où il se trouve.

Le départ de Saad Hariri s’inscrit sur fond de tensions entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, grand allié du Hezbollah - accusé de « mainmise sur le Liban » par le Premier ministre démissionnaire. Les deux puissances régionales sont profondément opposées et divisées sur la Syrie, le Yémen et le Liban, soutenant des camps adverses. Face à cette situation, il n'est pas à exclure que le Liban subisse un nouvel embrasement qui pourrait aussi être lourd de conséquences pour Israël dont l’entente avec les dirigeants saoudiens, parrainée par l'administration Trump, est connue de tous.

Pour l’heure, le Président Michel Aoun, après s’être accordé avec les différents représentants politiques et institutionnels ainsi qu’avec le mufti de la République libanaise, « a choisi de rejeter la démission du Premier Ministre jusqu’à son retour au Liban », nous apprend l’agence vaticane Fides. 

Dans cet état des lieux, le patriarche maronite, le Cardinal Bechara Boutros Raï, se rendra malgré tout en Arabie Saoudite. A priori, lundi prochain, le 13 novembre, avance Fides. Riyad l’avait officiellement invité la semaine dernière avant la démission-surprise du Premier ministre libanais, samedi 4 novembre. La visite n’étant pas ajournée, le patriarche rencontrera le roi Salmane et aussi le prince héritier Salmane ben Mohamed. Mgr Bechara Raï devrait même s’entretenir avec le Premier ministre libanais, toujours en Arabie Saoudite.  « La rencontre entre Raï et M. Hariri aura lieu en principe, nous avons reçu une réponse positive de la part de responsables saoudiens », a déclaré Walid Ghayyad, le porte-parole du patriarcat maronite à Bkerké, cité par l'agence de presse Reuters.

D’autre part, selon un communiqué publié par le bureau de presse de Bkerké, le chef de l’Eglise maronite transmettra aux dirigeants saoudiens un message selon lequel le Liban ne peut pas être un terrain de guerre entre l'Iran et l'Arabie saoudite. Le porte-parole du patriarche Raï a précisé à Reuters que « du moment que l'ordre du jour de la visite comprend une rencontre avec Saad Hariri, le patriarche et le président de la République sont convenus que les efforts du patriarche au sujet de la démission du Premier ministre soient complémentaires de ceux du chef de l'Etat, par souci d'unité nationale comme par souci d'épargner un surcroît de crise au pays. »

Encore faut-il que le retour de Saad Hariri n'intervienne pas au moment de l'arrivée du patriarche à Riyad… L’agence Fides rapportait hier des rumeurs qui circulent dans les couloirs du pouvoir libanais selon lesquelles « Saad Hariri serait retenu en Arabie Saoudite parce que soupçonné de connivences avec une présumée tentative de coup d’Etat attribuée aux personnalités saoudiennes récemment incarcérées et politiquement éliminées à la demande du Prince héritier, Mohammed Ben Salmane. »

En tout état de cause « Bkerké appelle à l'union nationale et à garder le Liban à l'écart des conflits et axes régionaux ; le Liban doit tenter d'être cette oasis de paix, de stabilité et de dialogue où différentes cultures et religions font l'expérience du vivre-ensemble et d'interactions civilisées », a ajouté le communiqué émis par le patriarcat maronite hier.

Voyage à portée historique

Si des voix s’élèvent contre le maintien de cette visite et voudraient voir Saad Hariri au Liban plutôt que le Cardinal Raï en Arabie Saoudite, les voix du patriarcat maronite - rapporte L’Orient-Le jour - en soulignent le « caractère historique »dans ce royaume conservateur qui se prévaut d'être le gardien des Lieux saints musulmans.  Récemment reçus au patriarcat maronite, l’Ambassadeur des Etats-Unis, Elizabeth Richard, et le député Nadim Gemayel, ont eux aussi réaffirmé – rapporte Fides - que l’opportunité historique représentée par ce voyage du patriarche d’Antioche des Maronites ne devait pas être écartée. Mais indubitablement, « la démission du Premier Ministre libanais a accentué la valeur politique et géopolitique de la visite patriarcale », souligne l’agence de presse.

Selon le porte-parole du Patriarcat maronite, la visite du patriarche se concentrera aussi sur les thèmes du dialogue, du rejet du terrorisme, de l'extrémisme, et abordera la question du sort des travailleurs libanais résidant en Arabie saoudite. D’après les données du ministère libanais des Affaires étrangères ils seraient environ 300 000 dans le royaume.

Dans le passé, seul le patriarche grec-orthodoxe d'Antioche Elias IV, a visité officiellement l'Arabie saoudite. C’était en 1975. Le patriarche maronite Rai est également membre du Collège des cardinaux, et en tant que tel pourrait devenir le premier cardinal à visiter officiellement la monarchie islamique et rencontrer les autorités du pays.

Après Riyad, fait savoir le quotidien L’Orient-Le jour, le patriarche maronite se rendra au Vatican où il effectuera un séjour d'une semaine au cours de laquelle il rencontrera le pape François. Cette visite interviendrait près d’un mois après la visite du Premier ministre démissionnaire Saad Hariri qui avait été reçu par le pape le 13 octobre dernier. A cette occasion, le Vatican aurait confirmé le refus d’approuver la nomination d'un nouvel ambassadeur du Liban près le Saint-Siège. Cette décision se serait expliquée notamment par l’appartenance du candidat à la franc-maçonnerie.

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